Voir les différents jeux testés
Voir la liste des dossiers du site
Voir les liens de Bouledefeu.com

SCUMM VM

Un point sur le trés bon émulateur de jeux lucasarts sur Dreamcast.

Bakuretsu Muteki Bangai-Ô

Plateforme : Dreamcast
Genre : Shoot them up
Editeur : Treasure/ESP
Année : 1999
Article par : CHAZumaru
Dessin par : Gentil_g

 
Pas de Pistolet pour Bob Satan

« Une affaire pour oublier les mauvaises affaires ». Voilà ce qui trottait dans la tête de Bob Satan, alors qu’il approchait, sous la pluie, la porte d’une demeure calme dans la banlieue bordelaise. Pardon ? Bah oui vous êtes arrivé à la bourre pour le début de l’histoire. Mais comme c’est vous, on va être sympa et vous rappeler comment les choses ont commencé. Revenons donc deux jours en arrière et un paragraphe en avant.

Bob Satan est du genre attachant. Un peu trop pour les truands qu’il colle aux basques, en témoigne l’œil au beurre noir caractérisant le faciès patibulaire du plus mauvais détective privé de l’histoire du rétrogaming. 3 mois déjà sans une seule affaire, un seul mari suspectant sa femme, un seul cabinet d’assurance méfiant, un seul journaliste avide de scoop. Quelques avocats véreux viennent régulièrement égayer l’ambiance, mais c’est pour lui rappeler de payer les pensions alimentaires des trois femmes de sa vie. Heureusement qu’il lui reste sa charmante secrétaire, Jessy, toujours habillée en petit tailleur ultramoul… Ah ! Manque de bol, Bob, un seul cliché t’échappe, et c’est celui-là. Tout seul avec son vieux compagnon Johnny Qui Marche, Satan empile les bouteilles vides comme son proprio les avis d’expulsion.

C’est sous une pluie battante qu’un type étrange est venu décoller la tête de Satan imprimée sur son bureau. Maigrichon, le client. Et bien planqué par un duo parka/panama du genre discret mais qui confond pas classe et coquetterie. Pas la femme fatale qu’on voit débarquer dans les films noirs, mais le même genre d’enveloppe rempli de billets verts qui ont pour habitude de calmer les ardeurs des connaissances de Bob.

L’affaire était claire. Le cerveau embourb(on)é de Satan, moins. Le contrat portait sur un objet précieux, du genre petite statuette maltaise qu’on trimballe dans tout Frisco. Bob devait retrouver un certain monsieur Trésor, et lui soutirer des infos sur un objet de collection, le Pistolet d’Argent Radieux. Oh bien sûr, pour vérifier à qui il avait à faire, le client avait tenté de perturber Bob en lui présentant le personnage et l’objet sous des patronymes anglais, mais nôtre privé à l’œil gonflé mettait promptement à profit son expérience des « Aventures de Victor in English », qu’il regardait quand il était petit sur FR3 tous les dimanches matins, quand Papa et Maman ... je m’égare. Bob accepta le contrat, et nous retournons deux jours plus tard, sous la pluie, à la porte d’une demeure calme dans la banlieue bordelaise.

Bob, les pistolets et le parler jeune

Jamais trop prudent, Bob s’assura qu’il avait à portée de main son sabre-laser… !? N’djiuu de bordel de merde l’accessoiriste s’est trompé de film ! *tousse* 30 secondes et un coup de pied au cul plus loin, Bob s’assura qu’il avait à portée de main son Beretta en cas de conversation un brin trop musclée. Quelques pressions nerveuses sur la sonnette innocente, et la porte s’ouvrait, dévoilant un grand noir baraqué (et vieux, mais baraqué quand même):
-vous désirez ?
-Vous êtes bien Marius Trésor ?
-Euh, oui, je…
-Vous pouvez donc me dire où se trouve le Pistolet ?
-Je… ? Quoi ? Pardon, enfin, Marius Trésor, oui, l’ancien avant-centre des Girondins de Bordeaux. Quel rapport avec un pistolet ?
-Fait pas le Marius, mariole. Err… te fous pas de ma gueule, parce que si tu réponds pas sur le Pistolet, je vais te présenter le mien. Un Italien, et nerveux avec ça. Pas qui met des gants pour séduire les princesses.
-Ah, vous êtes armé… vous êtes un jeune des cités !? Un peu… désemparé ?
-Uh ?
-Tu ne comprends pas ? Mais ne t’inquiètes pas, je peux parler le langage jeune, Yo ! Tu comprends mieux, yo ? ton gun y chiredé, yo ! Ca impressionne les zoulettes, yo ?
-Je comprends plus rien, là. Pourtant j’ai rien bu…
-Ah t’as feussoi ? Yo ! Tu veux un truc à reuboi ? Si tu veux j’ai du Banga, yo !

Trésor savait dribbler avec les ballons, mais pas avec les balles ; Il en fallut 3 pour calmer son entrain. Un cadavre sur les bras et pas le moindre indice, il était temps pour Bob de faire appel à son meilleur indic’.
Satan s’arrêta à un cybercafé, et pris contact avec le mystérieux Gougueule. Quoi qu’il pose comme question, Bob obtenait toujours une floppée de réponses, et qui plus est gratuitement. Jamais il n’avait pu comprendre les motivations de ce type, mais une chose était sûre, avec lui l’affaire allait avancer à grands pas.

Les noms Trésor et Pistolet d’Argent Radieux ne donnèrent rien. Il fallait peut-être chercher du côté de l’étranger. C’est sous ses patronymes anglais que Satan trouva sa première piste. Une société du nom de Treasure avait mis sur le marché des Radiant Silvergun. Diantre, il était même possible d’en acheter ! Voilà qui simplifiait bien les choses… mais pas pour longtemps. La bestiole se vend à des prix faramineux ! Comment est-ce possible ? Tout le monde serait donc au courant de l’existence du Pistolet ? Pis encore, tout le monde le veut ? Mais pourquoi donc ? Une petite investigation approfondie allait peut-être éclaircir le mystère…

La sordide histoire du Pistolet trop convoité

Bob fit une découverte des plus surprenantes. Le fameux Pistolet, que tout les joueurs un tant soit peu à la mode convoitent avec tant de hargne, est un shoot sorti sur Saturn (une console pourtant décriée par la même foule il y a quelques années). C’est devenu « in » de la posséder, à condition d’avoir le fameux Pistolet, ou d’y avoir joué au moins une fois. Un autre shoot de Treasure, Ikaruga, a d’ailleurs à la fois profité et relancé le phénomène du Pistolet, qui a rapidement atteint le statut de jeu culte… et des prix faramineux. Mais pourtant il semble bien que Treasure a produit plus de deux shmups ; pourquoi les autres ne produisent-ils pas le même effet ? N’y a t’il pas un shoot de Treasure comparable sans être aussi cher ? Un rapide tour d’horizon des jeux Treasure sortis… Dynamite Headdy, Guardian Heoes, Bangai-Ô, Gunsta… ’minute, « Bangai-Ô » !? Bon sang, les dernières paroles du footeux ! « … j’ai du Banga, yo ! ». C’était sûrement un message codé !

Et si Bob était tombé sur un jeu resté dans l’ombre du Pistolet, et procurant pourtant des sensations exceptionnelles !? Et ne coûtant rien !? Et dispo sur N64 et Dreamcast !? Et cette dernière version sortie en Europe avec un mode 60Hz !? Nôtre client allait être fou de joie grâce à la bonne affaire dont Satan allait lui faire profiter ! Mais avant tout, tester la bête.

Feux d’artifice et salade de fruits

Le scénario du jeu est un prétexte, comme avec tous les shmups, mais Bob ne pu s’empêcher de remarquer que celui de Bangai-Ô est particulièrement loufoque, tordu et incohérent. Le Gang des Voleurs de Fruits du Cosmos a décidé de s’emparer de tous les fruits du cosmos, ce qui tombe bien parce qu’avec leur nom s’ils avaient tenté de voler tous les parcmètres de la région niçoise on aurait moins compris. Deux gamins dont le père a été kidnappé par les grands méchants (comme son contrat vidéoludique syndical l’exige) décident de monter à bord du robot éponyme du jeu : le Bakuretsu Muteki Bangai-Ô. Enrichi des intrusions scénaristiques de Napoléon, Ultraman et d’un pingouin-canard-mutant, gratifié de la PIRE localisation de l’histoire du jeu vidéo (ce qui pour une fois n’est pas tellement gênant, voire dans le ton du titre), le jeu est mal parti pour faire des émules à l’Académie Française. Mais l’histoire, Bob Satan s’en foutait un cactus dans le slip, il voulait surtout savoir ce que le gameplay vaut. Et là, mes enfants, c’est du bonheur sans filtre par paquets de vingt.

Le jeu se présente sous la forme d’un shmup aux sprites *minuscules*, sans doute les plus petits jamais vus dans un jeu 2D depuis Lemmings et Lode Runner. Mais la puissance de la N64 et de la DC permettent à ceux-ci d’être très détaillés, bien animés et surtout très, très, TRES nombreux. Robots ennemis, tourelles, décors et surtout projectiles ennemis par centaines (oui oui, plusieurs centaines) fleurissent dans ce jeu qui ressemble parfois à un véritable feu d’artifice. Satan remarqua certes quelques ralentissements lorsque trop de projectiles ennemis ou alliés s’affichent en même temps, mais rien de grave ou d’incompréhensible, tant le frame-rate reste décent durant la majorité du jeu. Bangai-Ô échappe au choix draconien entre shmups verticaux et horizontaux puisque l’on dirige son vaisseau au travers d’un niveau gigantesque allant dans à peu près toutes les directions, avec la possibilité de revenir sur ses pas quand on le désire (à quelques exceptions près selon le level-design et les pièges du niveau).On peut détruire quasiment tous les décors (mini-bâtiments, ponts, arbres…), c’est même conseillé pour obtenir les milliards de fruits jonchant les niveaux (et rapportant des points). On claque donc tout ce qui s’affiche autour de soi, jusqu’à trouver le Boss (on peut le trouver parfois sans avoir exploré la moitié du niveau) et lui « mettre sa race » allègrement. « Du bon gros shoot de bourrin bien divertissant », pensa alors Bob. Mais dès le 13ème niveau (et ce n’est que le début, le jeu en comptant près de 50 !), Bangai-Ô change de visage…

Car le 13ème niveau semble impossible à finir. Bob eut beau blaster tout ce qu’il pouvait, il se retrouvait bloqué. Quelques parties recommencées plus tard, la lucidité prit le pas sur l’agacement : le level design de ce jeu renferme des pièges démoniaques, et il va falloir faire fonctionner ses méninges (en plein blast de folie, je le rappelle) pour ne plus se retrouver en mauvaise posture. Tirer sur les bons détonateurs, au bon moment, savoir éviter les zones pièges, ne pas se perdre dans des couloirs labyrinthiques, gasp ! Ce jeu va rendre nôtre Bob fou ! Mais c’est si bon, si furieux toutes ces munitions qui claquent les immeubles sous vôtre regard sadique alors que vous fuyez les missiles à tête chercheuse vous poursuivant depuis cinq minutes. Ces couloirs truffés de lance-flammes géants, ces mines sournoisement placées, ces portes refusant de s’ouvrir tant qu’on n’a pas effectué une action précise… Le retrogamer nage dans le nirvana ludique, retrouvant l’accessibilité et la complexité des bons vieux jeux d’autrefois faits avec du levain, du bon blé complet et beaucoup d’amour. Mais mazette, se demanda Bob, comment ont-ils pu rendre ce délire visuel jouable à ce point ?

Plein plein plein de superlatifs.

L’enquête de Bob lui permit de constater que les ch’tits gars de Treasure étaient célèbres et célébrés pour leurs idées de gameplay lumineuses. En tout cas, Bangai-Ô ne contredit pas cette légende. Le jeu reprend un principe cher aux développeurs, à savoir le vaisseau schizophrène. Comme dans Ikaruga ou Silhouette Mirage, vous pouvez à tout moment intervertir entre le Bangai-Ô rouge de la fille et le bleu du garçon. « C’est quoi t-y donc que ça change ? » se demanda Bob en remarquant cette possibilité. Réponse : vôtre armement. Le robot bleu est efficace dans les grands espaces puisqu’il tire des missiles à tête chercheuse *très* motivés, tandis que le rose est un champion des espaces étroits en tirant des lasers rebondissants sur les parois et plus puissants que les missiles, mais bien sûr moins efficaces contre les cibles mouvantes. Bien évidemment, pour ne pas gâcher une telle idée, Treasure a fait en sorte que les niveaux tournent autour de cette dualité, et qu’il faille changer intelligemment et constamment de couleur de robot, certains ennemis ou certaines situations ne pouvant être passés qu’avec l’une des deux. Ajoutez à cela que vous aurez certainement une arme favorite et qu’un niveau peut-être accompli de manière tout à fait différente selon que vous préfériez utiliser l’une ou l’autre. Ainsi Bob ne jure t’il que par le bleu, et c’est d’ailleurs comme cela qu’il aime la cuisson de ses steaks, mais ça n’a aucun rapport. L’autre excellente idée de Bangai-Ô est la barre de furie qui se remplit et se stocke rapidement au fil des destructions massives. La furie une fois déclenchée balance entre 40 et 400 projectiles simultanés (gardant les spécificités de vôtre couleur de robot) autour de vous. Le fait que certains bosses possèdent la même attaque confère au jeu son aspect « feu d’artifice » (et la grande majorité de ses ralentissements). Mais la où ce système de furie est fantapoustouflant, c’est lorsque se pose la question « entre 40 et 400 projectiles ? Mais pourquoi ? »…

bah allez-y, posez-la.
Mais si, je vous dis.
Bordel.

Voilà. Bonne question. Bob se doutait que vous alliez la poser, tiens. Il se trouve que plus vous serez entouré d’ennemis ou de missiles ennemis (et plus ils seront proches de vous), plus vous balancerez de projectiles en même temps. Nôtre ami Bob se vit donc obligé de zigzaguer entre les balles, frôlant les adversaires pour claquer ses barres au moment opportun. Et le risque est grand car la barre de vie commune aux deux robots fond comme neige si l’on n’y prend pas garde. Comme d’habitude avec Treasure, le jeu peut être pris de deux façons : soit l’on tente de finir les niveaux le plus vite possible (et l’on rate les niveaux bonus déblocables avec les points), soit l’on vise le meilleur score, auquel cas le jeu sera beaucoup plus long et difficile. En effet il faudra s’assurer de visiter (et accessoirement pulvériser) tout le niveau, chatouiller les projectiles ennemis avant de balancer les furies, récupérer le maximum de fruits (en sachant que les fruits les plus rares ne s’obtiennent qu’en effectuant des combos dantesques), bref le « replay value » (pour, mazette, près de 50 niveaux, je le rappelle) est présent, malgré le fait que le jeu soit plus facile que la majorité des autres softs de la compagnie ; et là c’est moi (un gros shooteux) qui parle, pas Bob, donc si vous êtes comme lui néophytes dans le genre shmup vous en aurez vraiment pour vôtre argent.

Un petit tour dans les options et le bonheur est mazouté...enfin, total

Bob fit peut-être sa découverte la plus intéressante dans les options du jeu. Le titre se joue plus ou moins à la Gunstar Heroes (sur Megadrive, des mêmes Treasure) ou certains épisodes de la série Contra, c'est-à-dire en jonglant entre tirs suivant la direction du robot et tirs coincés dans la direction voulue pendant un déplacement indépendant. « C’est bien mais pas top », pensa Bob la tête remplie de citations de films de jeunes. Or, dans les options, que vit-il ? J’en sais foutrement rien, donc on va… calmons-nous, je forfantais. Que vit-il, donc ? Que l’on peut opter pour un tir réparti sur les 4 boutons placés en croix, et ainsi tirer dans les 8 directions (A, AB, B, BY, Y, YX, X, XA) alors que le robot se déplace indépendamment (et très précisément) avec la croix numérique ! ARGH ! Le jeu, qui jusque là postulait comme shmup original et sympathique, atteint directement le statut d’orgasme vidéoludique intense (nota : penser à racheter un stock de superlatifs au Super U) dans cette configuration. Ce serait un crime fatal grave de ne pas tenter ou retenter l’expérience Bangai-Ô sans avoir configurer les tirs en « ABXY » au lieu de « AX ». Bob viendra personnellement régler le compte des quelques inconscients qui dénigreraient ce conseil avisé. Ajoutons à tout ce remue-ménage un charadesign bizarroïde et des musiques combinant à merveille le style habituel symphonique des softs Treasure et la loufoquerie de l’univers de Bangai-Oh, et Bob a découvert là un des joyaux les plus mésestimés de la dynastie Treasure, un titre qui va certainement combler de joie le joueur le plus sceptique ! Epiloguons, les enfants, on n’a pas toute la nuit...

Ca pourrait finir bien...mais nan.

Bob Satan donna donc rendez-vous à son client fortuné dans la soirée, exemplaire de Bangai-Ô version Dreamcast dans les mains (qu’il trouva très facilement et pour un prix dérisoire sur le Net en version euro 60Hz, je le rappelle), avec la conviction qu’il venait de filer un fier coup de main à la société dans son ensemble. Il allait sans doute amorcer une tendance, ou plutôt une révolution, et tous ceux qui courent comme des moutons après le Pistolet prendraient le temps de s’arrêter en chemin pour goûter aux plaisirs pédants du merveilleux Bakuretsu Muteki Bangai-Ô.

Malheureusement (et attention ça rime), Satan fut accueilli par des cris, l’argent repris et sa tête mise à prix °_°

C’est qu’on ne badine pas avec le « retrogaming », et aujourd’hui il vaut mieux pour son image avoir un Pistolet sous scellé sur son étagère qu’une partie de Bangai-Ô dans les mimines transpirantes. Monde de merde…



CHAZumaru (avec la participation de Robert Satan Jr.)

sources des images: www.ign.com ;www.videogamecritic.net ; www.cnn.com ; www.armchairemire.com ; www.planetdreamcast.com ; www.thegamepage.co.uk ; ntsc-uk.com ; www.mrmonkeyman.com

Voir la galerie d'images

 
 
 
Des questions ? Pour en savoir plus n'hésitez pas à visiter notre forum